Le métier d’assistant de direction a changé de nature en dix ans. Il ne s’agit plus seulement de tenir un agenda ou de filtrer des appels. C’est devenu un poste de coordination, d’analyse et parfois de décision. Mais cette évolution n’est pas toujours reconnue par les dirigeants eux-mêmes.
Ce que le métier était hier
L’assistant de direction gérait l’agenda, le courrier, la frappe, l’accueil. Le poste reposait sur l’exécution. La valeur ajoutée se mesurait à la fiabilité et à la discrétion.
Ce que le métier est devenu
Selon l’étude 2026 sur les salaires et fonctions de l’assistanat menée par Morgan Philips Specialist Recruitment, les assistants ne sont plus uniquement des soutiens opérationnels. Ils sont devenus des partenaires des dirigeants, intégrés dans des projets de transformation digitale, de gestion de crise ou de RSE. La même étude relève une demande croissante pour des profils capables d’utiliser l’IA générative, des plateformes collaboratives comme Notion ou Monday, et des ERP comme SAP ou Oracle.
Le rôle s’est élargi à la coordination de projets, à la gestion des espaces de travail, au support à la transformation digitale, parfois au pilotage de sujets RH ou événementiels. Un exemple concret de cette bascule : le poste de Chief of Staff, qui combine agenda, priorités, coordination stratégique et analyse, avec une demande de recrutement jugée très élevée par l’étude.
Le décalage avec la réalité du terrain
Le métier a évolué. Mais tous les dirigeants n’ont pas suivi ce changement de regard. Une partie d’entre eux continue de considérer l’assistanat comme une fonction d’exécution, sans en mesurer le potentiel stratégique.
Ce décalage est particulièrement marqué dans les PME. La proximité directe avec le dirigeant, sans filtre hiérarchique intermédiaire, peut renforcer le rôle stratégique de l’assistant. Mais elle peut aussi produire l’effet inverse : l’assistant de direction devient le réceptacle des tensions, des humeurs et des frustrations du dirigeant, au lieu d’être traité comme un partenaire de travail. Cette réalité reste peu documentée par les études de marché, mais elle est régulièrement évoquée par les professionnels du secteur eux-mêmes.
Ce décalage a un coût. Des compétences réelles restent sous-utilisées. L’assistant capable de préparer une analyse pour un comité de direction reste parfois cantonné à la gestion du courrier. Ce sous-emploi nourrit la frustration et alimente le turnover sur des postes où la demande de recrutement est pourtant forte, notamment sur les fonctions de direction générale et de comex.
Ce qui ne change pas
Certaines qualités restent au cœur du métier, quelle que soit son évolution. La confidentialité, la gestion des informations sensibles, l’adaptabilité et la communication interpersonnelle restent citées comme essentielles par l’étude Morgan Philips. Ce sont des compétences humaines, difficilement automatisables, qui continuent de justifier la place de l’assistant auprès du dirigeant.
Faire évoluer la perception
L’évolution du métier ne peut pas reposer uniquement sur l’assistant. Elle suppose aussi que le dirigeant requalifie le poste, en confiant progressivement des missions à plus forte valeur ajoutée et en reconnaissant les résultats obtenus.
Pour l’assistant de direction, cela passe par plusieurs leviers concrets : rendre visibles les résultats produits au-delà de l’agenda, monter en compétence sur des outils numériques et l’IA, et engager le dialogue avec son dirigeant sur le périmètre réel du poste.
Le métier a changé. Reste à faire changer le regard qui va avec.
Sources :
- Morgan Philips Specialist Recruitment, Étude des salaires et des fonctions de l’Assistanat 2026 (document fourni)
