Le numérique représente 4,4 % des émissions de gaz à effet de serre de la France et 11 % de sa consommation électrique, selon la réévaluation publiée par l’ADEME en novembre 2024. Une part de cet impact se joue dans un geste que l’assistant·e de direction répète des dizaines de fois par jour : l’envoi d’un email. C’est un des leviers concrets de la régulation de l’information évoquée dans notre article sur l’infobésité — et celui-ci, contrairement aux flux de tchat ou aux réunions, dépend presque entièrement de gestes individuels simples à corriger.
Pourquoi les pièces jointes pèsent plus qu’on ne le pense
Selon une étude de l’ADEME relayée par GreenIT.fr, l’envoi d’un email accompagné d’une pièce jointe de 1 Mo représente environ 19 grammes équivalent CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie — fabrication et fonctionnement des équipements compris, chez l’expéditeur comme chez le ou les destinataires. Cette étude date de 2011 : les ordres de grandeur exacts ont sans doute évolué avec les infrastructures actuelles, mais le principe qu’elle illustre reste valable — un fichier joint est dupliqué et stocké sur plusieurs serveurs à la fois, pas seulement transmis. Plus la pièce jointe est lourde et plus elle est envoyée à de destinataires, plus cette duplication pèse.
Favoriser les liens plutôt que les pièces jointes
L’ADEME recommande justement de limiter le nombre d’e-mails avec pièces jointes et de privilégier, quand c’est possible, un lien vers un espace de stockage partagé (SharePoint, OneDrive, Drive) plutôt qu’un fichier attaché à chaque envoi. Pour l’assistant·e qui diffuse un compte rendu, un support de réunion ou un dossier à plusieurs interlocuteurs, cela change concrètement la pratique : un seul fichier hébergé à un seul endroit, mis à jour une fois, consulté par tous — plutôt que des dizaines de copies dispersées dans autant de boîtes mail, impossibles à faire converger en cas de correction.
Réduire le volume des échanges
Deux leviers simples, documentés par la même étude ADEME/GreenIT : le format texte plutôt que HTML (un email au format texte pèse environ 4 fois moins qu’un email HTML équivalent), et la limitation du nombre de destinataires en copie. Ce deuxième point rejoint directement un constat de l’article sur l’infobésité : près de la moitié des messages reçoivent une réponse en moins d’une heure, ce qui indique que beaucoup de messages sont traités dans l’urgence plutôt que filtrés — mettre moins de monde en copie, c’est aussi moins de personnes qui se sentent obligées de répondre dans l’instant.
Des gestes concrets au quotidien
- Compresser les fichiers volumineux avant envoi, ou mieux, les héberger en ligne et partager le lien.
- Vérifier la liste des destinataires et des copies avant chaque envoi collectif — le réflexe « répondre à tous » par défaut est rarement justifié.
- Limiter le stockage prolongé des pièces jointes dans les boîtes mail : archiver ou supprimer plutôt que laisser s’accumuler.
- Privilégier le format texte pour les échanges internes courants, réserver le HTML aux communications qui en ont réellement besoin (newsletters, invitations formatées).
Un levier accessible, à l’échelle de l’assistant·e
Contrairement à la refonte des outils de collaboration ou à la politique de déconnexion — qui relèvent de décisions managériales — la sobriété numérique sur les emails est un des rares leviers que l’assistant·e peut actionner seul·e, dès aujourd’hui, sans attendre une décision d’organisation. À l’échelle d’une équipe ou d’une direction, ces gestes répétés au quotidien ont un effet cumulatif réel.
Sources
ADEME, réévaluation de l’impact environnemental du numérique en France, novembre 2024 (4,4 % des émissions de GES, 11 % de la consommation électrique) — https://ecoresponsable.numerique.gouv.fr/actualites/actualisation-ademe-impact/
GreenIT.fr, « 19 grammes de CO2 : l’empreinte carbone d’un e-mail selon l’ADEME », Frédéric Bordage, 11 juillet 2011, citant l’étude ADEME sur les gestes quotidiens liés aux TIC — https://www.greenit.fr/2011/07/11/19-grammes-de-co2-l-empreinte-carbone-d-un-e-mail-selon-l-ademe/
