Le Référentiel annuel 2026 de l’Observatoire de l’Infobésité et de la Collaboration Numérique (OICN, fondé par Mailoop et Forvis Mazars) vient d’être publié, comme le rapporte yapluqua.com (https://yapluqua.com/infobesite-au-travail-le-referentiel-2026-de-loicn-alerte-sur-une-surcharge-informationnelle-critique/). L’étude porte sur 30 000 personnes, tous secteurs confondus. Le constat est net : la surcharge informationnelle s’aggrave, encore.
Ce que disent les chiffres
Les emails reçus progressent de 6,1%. La part des personnes exposées à un niveau critique d’infobésité bondit de 35,2%. Le tchat suit la même pente : près de 110 messages par semaine en moyenne, en hausse de 51%. Dans les organisations les plus intensives, ce volume dépasse 1 460 messages par semaine et par personne.
Le tchat ne remplace pas l’email. Il s’y ajoute. Les deux canaux coexistent, sans articulation claire entre leurs temporalités. L’un est censé être asynchrone, l’autre synchrone. Dans les faits, près de la moitié des messages reçoivent une réponse en moins d’une heure. Tout devient urgent. Tout interrompt.
Résultat : 3h29 d’interruptions numériques par semaine pour les collaborateurs. 6h36 pour les managers. 11h08 pour les dirigeants. Et le taux de réponse aux emails reste faible, à 12,2%. Une communication abondante, mais largement inefficace.
Le rôle de régulation des assistant·es
Face à ce constat, la FFMAS pointe un rôle que les fiches de poste ne nomment pas encore : celui de régulation de l’information, assuré au quotidien par les assistant·es et office managers.
Ce rôle dépasse le simple transfert ou la réponse aux messages. Il demande de la compréhension des enjeux, de l’arbitrage, une forme de stratégie.
- Filtrer et prioriser l’information : trier les courriels, limiter les copies inutiles, cibler les bons destinataires.
- Organiser la circulation de l’information : choisir le bon canal selon l’urgence et l’usage, entre courriel, tchat et réunion.
- Réguler les flux : programmer les envois sur les horaires de travail, limiter l’hyper-réactivité et les interruptions permanentes.
- Structurer et synthétiser : organiser la traçabilité, centraliser l’information pour éviter la dispersion.
- Maintenir la qualité des espaces numériques : nettoyer les fichiers, archiver, gérer les dossiers partagés. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui l’hygiène numérique.
- Veiller à la sobriété numérique : limiter les pièces jointes lourdes, favoriser les liens, réduire le volume des échanges.
Un appui direct pour les managers et les équipes
Cette régulation ne s’arrête pas au travail personnel de l’assistant·e. Elle sert aussi à libérer du temps et de la clarté pour les managers et les équipes, pour qu’ils se concentrent sur leur cœur de métier.
- Aider à la priorisation et à la prise de décision : donner une vision synthétique des urgences.
- Optimiser l’agenda : limiter les tunnels de réunions, intégrer des temps de concentration.
- Accompagner la communication managériale : améliorer le ciblage et la clarté des messages.
- Fluidifier la communication collective : clarifier les règles d’usage des outils et des canaux, éviter les doublons, centraliser les informations clés.
- Réguler les sollicitations : filtrer demandes, courriels et réunions inutiles, et en rendre compte.
- Veiller au respect du droit à la déconnexion : limiter les envois hors horaires et organiser les relais.
- Soutenir la qualité de vie au travail : réduire l’hyper-connexion, les flux inutiles et les interruptions.
- Contribuer à l’exemplarité numérique : sensibiliser aux bonnes pratiques (courriels évitables, délais de réponse, canaux), à la sobriété numérique.
- Favoriser la collaboration efficace : structurer les espaces partagés et organiser les échanges.
Un travail rarement nommé
Aucune de ces deux listes d’actions n’apparaît dans une fiche de poste classique. Elles sont pourtant exercées, en continu, et elles absorbent une partie directe de la charge que les chiffres OICN mesurent à l’échelle de l’organisation entière.
Nommer ce travail, c’est la première étape pour le reconnaître. La classification suit rarement la réalité de ce qui est fait.
Sources :
FFMAS, « Infobésité et/ou chaos numérique, la régulation des assistantes et OM », 4 juillet 2026, citant le Référentiel annuel 2026 OICN et les travaux de Marie Benedetto-Meyer (PRINTEMPS, CNRS/UVSQ). https://ffmas.com/infobesite-ou-chaos-numerique-la-regulation-des-assistantes/
Yapluqua, « Infobésité au travail : le Référentiel 2026 de l’OICN alerte sur une surcharge informationnelle critique », 13 juillet 2026, communiqué de presse OICN/Mailoop, citant Suzy Canivenc (directrice scientifique Mailoop). https://yapluqua.com/infobesite-au-travail-le-referentiel-2026-de-loicn-alerte-sur-une-surcharge-informationnelle-critique/
