Le travail invisible des assistant·es : ce que les organisations ne mesurent pas

Le travail invisible des assistant·es : ce que les organisations ne mesurent pas

Une bonne partie du travail des assistant·es échappe aux tableaux de bord. Les ajustements permanents, la gestion des tensions, les arbitrages faits en silence : rien de tout ça ne se compte. Pourtant c’est ce travail qui fait tenir l’organisation.

Ce constat n’est pas nouveau pour celles et ceux qui exercent le métier. Il commence seulement à être documenté. Le sociologue François Granier lui consacre un ouvrage entier, publié en 2026 : « Travail et travailleurs invisibles« .

Un métier structurellement invisible

L’assistanat et l’office management assurent la fluidité des organisations. Ce rôle de coordination absorbe les imprévus et les tensions, au quotidien, sans que ça se voie.

Cette absorption est un travail relationnel. Elle facilite la performance collective. Souvent sans que la personne soit identifiée comme contributrice.

Le problème est structurel. Les systèmes de pilotage privilégient le mesurable. Le travail de facilitation, non quantifiable, passe à la trappe. Résultat : la complexité réelle du travail reste masquée.

Cette logique de mesure n’est pas neutre. Elle façonne ce qu’une organisation considère comme du travail. Ce qui n’entre pas dans une case n’existe pas dans les bilans. L’assistanat en paie le prix depuis longtemps.

Ce qui se voit, ce qui ne se voit pas

Quatre exemples illustrent ce décalage entre l’activité réelle et ce que l’organisation retient.

  • Anticiper les besoins ne laisse aucune trace. Seule la tâche réalisée en temps et en heure est visible. L’anticipation elle-même, le fait d’avoir vu venir un problème avant qu’il n’éclate, n’apparaît nulle part.
  • Gérer les relations avec les interlocuteurs se réduit, dans les outils, à un agenda et des courriels. Le travail réel est ailleurs : sentir les tensions entre deux services, savoir qui appeler avant que ça bloque, adapter le ton selon la personne en face.
  • Réguler les tensions en amont ne se voit que par son résultat : l’absence de problème. Le travail qui l’a évité disparaît. Une réunion qui se passe bien, un conflit qui n’éclate jamais : personne ne demande ce qui a été fait pour ça.
  • Le soutien stratégique, lui, reste rarement formalisé. Il existe, mais nulle part il n’est écrit. Une note préparée en amont, un dossier structuré avant qu’on le demande, une synthèse qui fait gagner une heure de réunion : ce travail-là n’entre dans aucune fiche de poste.

Pourquoi ça compte

Ignorer ce travail a un coût direct. Une charge réelle mal évaluée. Une contribution stratégique non reconnue dans les entretiens ou les évolutions de poste. Une organisation qui sous-estime ce qui la fait fonctionner.

Ce coût touche aussi la trajectoire professionnelle. Un travail qu’on ne peut pas nommer est un travail qu’on ne peut pas valoriser en entretien annuel, ni faire reconnaître dans une évolution de poste. L’invisibilité freine la progression autant qu’elle freine la reconnaissance immédiate.

Valoriser ce travail commence par le nommer. Le décrire précisément dans les fiches de poste. L’intégrer aux critères d’évaluation, au-delà des tâches mesurables.

Concrètement, ça veut dire documenter les situations gérées, pas seulement les tâches accomplies. Ça veut dire aussi, pour les managers, poser la question autrement en entretien : non pas « qu’avez-vous fait », mais « qu’avez-vous évité ».

Source : FFMAS, « Travail invisible : comprendre et valoriser le travail réel des assistant·es », 29 mai 2026, à propos du livre de François Granier, « Travail et travailleurs invisibles » (Cnam/LISE, éd. L’Harmattan, 2026). https://ffmas.com/travail-invisible-comprendre-et-valoriser-le-travail-reel-des-assistant%c2%b7es/


Sources : FFMAS (29/05/2026), citant François Granier, Cnam/LISE.

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par Stéphane

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